la muse dit :
--- Poète, connais-tu les mots oubliés ?
Te souviens-tu des mots enlevés par le vent ?
Te rappelles-tu les mots imaginés dans l'obscurité apaisante ?
Diras-tu les mots du lendemain ?
Oseras-tu me livrer tous les mots cachés ?
Je les entendrai, les garderai en moi bien au delà de la poussière...
Eve pour Adam
--- oui je les connais vaguement derrière mon oreille ils reposent
ils picorent
les mots des grands chemins
pierres qui volent n'amassent pas lie
oui mes mots de nuit qui creusent et se baladent
main dans la main
ronde des oliviers tièdes
mains tristes mains ravies
mains bénies et décidées mains qui volent mains qui dansent mains
de velours ou de satin
mains d'épine , de jasmin, de graine amère , de graine égrainée ,
jardin de ronce et d'aubépine
jardin
les mots de nuit sont beaux
ils trottent à nos oreilles... ils picorent
ils vont ils viennent
ils veillent, ils se reposent un peu ...
mots de satin, de velours
mot rond mot ronce mots de la plus haute tour jetés
échevelés, mots d'à court, de doigté
de dégringolade ailée
mots décollés, abrités, asphyxiés, arrêtés nets,
mots pâles ... sur le dos, livrés, offerts
mots d'argent, statufiés, mots brisés, compressés, tués
mots rompus, sacrifiés, mots salés, à boire...
qui coulent à la marée
ronces et algues, cris murmurés à la lanterne magique
mots volés à la sauvette, au pilori des météores
mots qui cognent la jetée, qui bloquent la salve , qui scient le temps
le jour est sous le paillasson
prêt à tout déranger
la lumière nettoie les mots de trop
les mots de trop peu
les vrais mots qui rendent heureux
ils sont derrière ton oreille, au chaud
sous tes paupières de feu
cachés si tu veux
ils sont là où je les veux
là où je les aime
ils me tuent doucement
et me font renaître toujours
oiseau bleu, oiseau lyre
oie sauvage en vol étiré
cris de grêle
ailes de beauté, blessées, vénérées
de l'aube à l'aube à l'horizon jetées
ailes sur les mots
mots ailés, d'oies sauvages sur la nuit lactée
les mots sous-eaux qui bercent la falaise
tous les fils qui les convoitent
tous mes mots suspendus
ta gorge qui écoute
qui lit mes mots éponges de miel et de sel mêlés
mes mots de lave et de pluie sur ta route ombragée
ta voie tiède et légère... air d'Eve, parfum de vie
je bois ta parole
je mange ton nom et le fruit de vérité
celui qui est depuis que le monde est monde
le fruit de l'amour... la vie
je bois cette eau qui me fait mourir et renaître
je suis oiseau , ours tigre d'eau
tu es panthère de feu , licorne ou gazelle
nous sommes le jardin, la source , la nuit ailée qui nous soupire
mes mots dans tes cheveux
Eve
reine des sirènes
les chants, les cris, les soupirs dans le feu de la terre
le coffre des poussières qui repose au fond de ta gorge
dans le vent, au printemps
ta main donne le temps
je te donne les mots
tu les retiens
Adam pour Eve